VULGARIZIT

Sénégal : la fin du calvaire pour les enfants esclaves ?

Ivie 19 mai 2013 Société
Enfant_mendiant_africain
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Entre mendicité et maltraitance, la vie de milliers d’enfants, soumis à l’autorité absolue du marabout, est réduite à des conditions d’esclavage.

Des enfants réduits en esclavage

Au Sénégal, dès leur plus jeune âge, les jeunes garçons, appelés talibés, sont confiés par leurs familles à des daaras, des écoles coraniques dans lesquelles le marabout est censé leur enseigner le Coran et les éduquer jusqu’à l’adolescence.

Depuis plusieurs années, de nombreux rapports dénoncent les conditions de vie atroces de ces enfants pensionnaires. Logés dans des bâtiments insalubres, sans dortoirs, ni sanitaires, les enfants dorment dans leur salle de classe, où ils peuvent être une centaine.

Leur quotidien est millimétré : levés à l’aube, ils apprennent et récitent le Coran pendant plusieurs heures, se faisant frapper à la moindre erreur. En milieu de matinée, ils partent mendier dans les rues et rentrent au daara reverser l’argent récolté au marabout. Idem pour la journée où il partage leurs temps entre apprentissage du Coran et mendicité. Là encore, ceux qui n’ont pas ramené assez d’argent subissent des sévices, comme l’a expliqué ce jeune garçon de 11 ans à Human Rights Watch :

«  Chaque jour je devais rapporter au marabout 600 CFA (1,30 dollar US), du riz et du sucre. Chaque fois que je ne pouvais pas, le marabout me frappait à coups de câble électrique. Il me frappait tant de fois sur le dos et le cou ; trop pour les compter…. Chaque fois que j’étais battu, je pensais à ma famille qui n’avait jamais levé la main sur moi. Je me rappelais du temps où j’étais à la maison. J’ai fini par m’enfuir, je ne pouvais plus le supporter « .

Les marabouts, gestionnaires de centres de profits  

Dans un pays où l’on gagne moins de 2$ par jour, le marabout empoche en moyenne, grâce à la mendicité des enfants, entre 20.000 et 60.000$ par an.

Privés de nourriture, de vêtements, de chaussures, de médicaments, les talibés doivent effectuer  ces « travaux communautaires » afin de pouvoir subvenir à leurs besoins. La plupart des élèves n’ont qu’une tenue de rechange et 40% d’entre eux n’ont même pas une paire de chaussures et doivent donc aller mendier pieds nus. Quand un garçon arrive à s’acheter un vêtement neuf, le marabout lui vole pour le donner à sa propre famille. Les marabouts expliquent que ce genre de privation leur apprend l’humilité et leur permet de se débrouiller dans un monde rude.

Au moins 50.000 garçons sénégalais sont victimes d’exploitation économique sous couvert d’une éducation religieuse dans quelques 17.000 daaras. Près de 1000 d’entre eux tentent de fuir et se retrouvent livrer à eux-mêmes dans la rue, sans argent ni famille. Quelques associations recueillent les petits fugitifs dans un état physique et psychologique d’une extrême précarité. Un bénévole du samu social a même affirmé avoir accueilli 2 jeunes les chevilles encore enchaînées.

Une loi interdit désormais la mendicité des enfants

Suite à la mort de neuf enfants dans une école coranique en mars 2013, Abdoul Mbaye, le premier ministre sénégalais a annoncé vouloir interdire totalement la mendicité des enfants dans les rues en déclarant à l’Agence de Presse Sénégalaise qu’« il y a des décisions qui ont été prises et on va vers l’interdiction totale de la mendicité des enfants dans les rues, car le Coran s’apprend dans un daara et non dans la rue ».
La mise en oeuvre de cette décision d’interdiction risque d’être difficile à appliquer étant donné la très grande influence des marabouts dans le pays. En attendant, des milliers de jeunes sont toujours privés d’enfance au Sénégal.

 

A voir : L’Effet Papillon, Canal + (18/05/13)

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Commentaires

  1. Defterz dit :

    Bien l’article!