VULGARIZIT

Au Mississippi, les femmes faisant des fausses couches pourraient être emprisonnées

Ivie 31 mai 2013 Société
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En mars 2009, Nina Buckhalter accouche d’une petite fille mort-né à 31 semaines de grossesse. Elle est inculpée 2 mois plus tard pour homicide involontaire pour avoir « délibérement, illégalement tué Hayley Jade Buckhalter, un être humain par négligence ». Selon le procureur, la métamphétamine détectée dans l’organisme de la mère serait à l’origine du décès de son bébé. La Cour Suprême de l’Etat a déjà entendu les plaidoiries dans l’affaire en avril et devrait statuer prochainement.

L’accusée est soutenue par la National Advocates for Pregnant Women, une ONG dont la mission est de protéger et défendre les femmes enceintes vulnérables, exposées aux drogues. Farah Diaz-Tello, membre de l’ONG s’inquiète de l’issue de cette affaire et explique que si sa cliente est condamnée et que la perte d’une grossesse involontaire peut être considérée comme une forme d’homicide, ce cas pourrait faire office de jurisprudence et ouvrir la porte à de nombreuses dérives :
« Les médecins préconisent aux femmes d’éviter les tisanes, le fromage non-pasteurisé et les viandes froides. Quelles sont exactement les limites ?  » a déclaré Leslie D. Ling, juge assesseur de la Cour du Mississippi.

La vie du foetus avant celle de la mère

La ligue de défense des femmes enceintes a recensé dans le pays 400 cas dans lesquels les femmes sont arrêtées ou emprisonnées pour avoir blesser ou tuer un foetus :

- En Lousiane, Michelle Greenup part à l’hôpital après une fausse couche. L’équipe médicale la dénonce à la police qui l’arrête pour meurtre au second degré. elle fait plus d’un an de prison jusqu’à ce que l’on s’aperçoive que sa fausse couche était dûe à la prise de médicaments non adaptée que son pharmacien lui avait prescrit.

- Dans l’Etat de Washington, Angela Carder, enceinte de 25 semaines, tombe gravement malade. Son entourage donne son accord afin de lui administrer un traitement censé la maintenir en vie le plus longtemps possible. Néanmoins, l’hôpital, faisant passer la vie du foetus avant celle de la mère, donne l’ordre de pratiquer une césarienne en dépit du fait que cela  pouvait tuer la mère. L’opération a été effectué. La mère et le foetus sont morts.

Dans l’Alabama, 2 jeunes femmes ont déjà été condamné pour « mise en danger chimique  » de leurs enfants. Et une autre attend son procès dans le Mississippi.

Les avocats de Nina Buckhalter soutiennent que ces femmes sont les dommages collatéraux dans les guerres contre l’avortement dans le Mississippi, un des états le plus opposé à l’avortement. Les législateurs tentent depuis plusieurs années de faire disparaître l’unique clinique pratiquant l’avortement qui reste dans l’Etat et d’établir un statut juridique pour les foetus.

Le nombre d’avortement va augmenter

Si Buckhalter est reconnue coupable, de telles mesures pourraient conduire à plus d’avortements. Craignant les poursuites, de nombreuses mères droguées ou alcooliques préféreront mettre un terme à leurs grossesses. Des associations de pédiatres, obstétriciens et gynécologues avancent les mêmes arguments : même pour les femmes voulant continuer leur grossesse, la menace des poursuites pourrait les dissuader de demander des traitements contre la toxicomanie ou de partager des informations importantes avec leurs médecins de peur qu’ils les dénoncent.

Victimes d’un cercle vicieux pervers, les femmes droguées seront donc incitées à avorter mais ce droit risque de leur être retiré dans peu de temps. Dans ces situations, ces femmes ont besoin d’aide. Buckhalter est la preuve que l’on peut s’en sortir, elle a suivi une cure de désintoxication, a fait des études et a donné naissance à un bébé en bonne santé.

Comme l’a indiqué Robert McDuff, l’avocat de Buckhalter, la prison n’est absolument pas la solution dans ces cas :
« Evidemment, vous ne devriez pas prendre de drogues pendant que vous êtes enceinte, mais l’idée de poursuivre quelqu’un pour meurtre ou homicide involontaire en essayant de l’envoyer en prison est tout simplement fou.  »

 

 

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