VULGARIZIT

Jay DeFeo, l’artiste sculpturale

Ivie 11 avril 2013 Arts & Culture

Le Whitney Museum de New-York présente jusqu’au 02 juin 2013 : Jay DeFeo, a retrospective . S’il y a bien une exposition à voir dans tout New-York, c’est celle-ci.

Bien sûr, vous pourrez rester scotché devant « The Rose », le monumental tableau sculpté, oeuvre majeure de sa carrière, dont 8 années de labeur furent nécessaires pour en venir à bout. L’exposition rend également hommage à l’impressionnante diversité de son art, présentant des dessins, des bijoux, des tableaux sculptés et des peintures des dernières années de sa vie.

Jay Defeo, une vie d’artiste

Tout commence dans les années 50, où grâce à une bourse de Berkeley, Jay DeFeo pût partir en Europe, notamment à Florence, où elle produisit 200 peintures en moins de 3 mois. Habituée au courant de l’expressionnisme abstrait, tendance de l’Amérique d’après-guerre, elle fut si impressionnée par l’art médiéval et Renaissance, arts qui ont traversé l’histoire, qu’elle voulut incorporer de la texture et l’idée de temporalité dans ses pièces. Comme elle le dira plus tard, la texture était pour elle ce que la couleur est pour d’autres artistes : l’élément expressif principal.

De retour en Californie en 1953, elle vend des bijoux pour subvenir à ses besoins, épouse un artiste Wally Hedrick et s’installe à San Francisco, qu’elle ne quittera plus. Jay Defeo, proche d’Allen Ginsberg et de Wallace Berman, côtoyât alors tous les artistes de la culture beat et de ce fait, évolua dans une atmosphère hautement créatrice.

Elle se mit alors à s’intéresser au relief, à intégrer de la matière dans des tableaux grands formats. En 1956, elle commença avec « Origin ». En 1957, « The Annunciation », une sorte de paire d’ailes sculpturales. Elle continua en parallèle le dessin au graphite. En 1958, elle dessina ses propres yeux dans un diamètre de plus de 2m. Tout devient toujours plus grand, avec plus de matières, de travail. Ce sont les prémices de ce qui va devenir l’oeuvre majeure de sa carrière : The Rose.

Jay DeFeo, « Origin », 1956, oil on canvas, 233.7 x 202,6cm

Jay DeFeo, "The Annunciation", 1957-1959, oil on canvas, 306.7 x 189.2cm

Jay DeFeo, « The Annunciation », 1957-1959, oil on canvas, 306.7 x 189.2cm

JayDeFeo, "The Eyes"

JayDeFeo, « The Eyes », 1958, dessin au graphite, 121 x 243 cm

 

Jay Defeo, Untitled, graphite, 1957, 29.21 x 22.23 cm

 

« The Rose » (1958-1966)

En 1958, Jay DeFeo commença « The Rose ». Elle voulait travailler un tableau à partir d’un centre mais n’en savait pas plus. Pendant de longues années, elle fut enfermé dans son atelier à ajouter des milliers de couches de peintures, affiner, tailler, élargir.  Parfois, elle quittait son atelier le soir, heureuse du résultat, et revenait le lendemain, une partie du tableau écroulée à cause de la gravité.  Pendant huit ans, jour après jour, Jay Defeo exécuta un travail titanesque.

En 1965, lorsque l’augmentation du loyer de son studio l’obligea à partir, « The Rose » pèse près d’une tonne, fait plus de 3m de haut et 30 cm d’épaisseur. La seule façon de la déplacer fût de découper un tronçon de mur et de l’extraire à l’aide d’un chariot élévateur. La pièce sera alors brièvement stockée dans un musée, montrée à quelques reprises avant de trouver refuge dans une salle de conférence du San Francisco Art Institute. Elle restera là, cachée derrière un mur, pendant 20 ans jusqu’à son acquisition par le Whitney Museum en 1995.

Ces années de travail éreintant auront une grande influence sur son état de santé ainsi que sur son mariage qui se terminera. Épuisée, elle fera une pause pendant 4 ans.

 

Jay DeFeo,  » The Rose », 1958-1966, oil with wood and mica on canvas, 327.3 x 234.3 x 27.9 cm

 

Le retour

« The Rose » fut incontestablement son oeuvre majeure mais elle y laissa également sa vitalité et sa santé. Elle se remit à créer dans les années 70 et se tourna entre autres, vers la photographie. Une grave maladie des gencives lui fît perdre ses dents et l’obligea à porter un bridge. Pas fataliste, elle se servit de ce nouvel attribut en l’incorporant dans ses oeuvres.

Jay DeFeo, « The-Crescent-Bridge », 1970-72, Synthetic Polymer and Mixed Media on plywood, 121.92cm x 167.64cm

Jay DeFeo, The Crescent Bridge

Jay DeFeo, Untitled, 1973, collage with cut gelatin silver print, torn paper and paint on gelatin silver print photogram, 25.4cm x 20.3cm

 

Les dernières années

En 1980, elle décrocha un poste de professeur d’Art au Mills College à Oakland. Ce fut son premier emploi à plein temps rémunéré. Elle a alors assez d’argent pour accomplir un dernier rêve : voyager au Japon et en Afrique subsaharienne. Ces voyages auront une grande influence sur ses dernières oeuvres.

En 1988, lorsqu’elle reçût le diagnostic d’un cancer du poumon, elle produisit un travail aussi prolifique qu’à Florence : dessins au fusain d’inspiration africaine, peintures de montagnes à gravir.

L’un de ses derniers tableaux, « Dove One », a particulièrement une valeur sentimentale. Elle recueilla un petit oiseau blessé qu’elle s’empressa d’emmener chez le vétérinaire. L’oiseau mourra. Elle fut tellement tellement touchée par le regard de l’oiseau rendant son dernier souffle qu’elle lui rendit hommage dans un ultime tableau.

Au moment de sa mort en 1989,  « The Rose », toujours inconnu du grand public, dort encore dans une salle de conférence.

L’exposition aborde tous les aspects de la vie d’une artiste passionnée, qui a voué sa vie à l’art et qui n’a jamais abandonné.

Jay DeFeo, « Dove One », 1989, oil on linen, 40.6 x 50.8 cm



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