VULGARIZIT

Difficile d’être une femme en Inde

Ivie 4 décembre 2013 Société

Le pays qui n’aimait pas les femmes. Tel est le titre de l’excellent documentaire diffusé sur Arte hier soir qui dresse le portrait de 4 femmes courageuses tentant difficilement de survivre dans une société patriarcale dominée par les traditions.
Le documentaire illustre la condition des femmes en Inde et les principales violences dont elles peuvent être victimes dans les différentes étapes de leur vie de leur naissance à leur mort : l’infanticide, les violences domestiques, les viols et le rejet des veuves.

L’infanticide
Soraj, 11 ans est une miraculée. Née dans un village du Rajasthan, elle a dû s’enfuir avec sa famille qui refusa de la tuer à la naissance, comme le veut la tradition. Ses deux sœurs n’ont pas eu cette chance. A la naissance d’une petite fille, on la place nue dans une boîte, on la recouvre de terre et on patiente toute une nuit le temps qu’elle s’étouffe lentement. « C’est la tradition, c’est comme ça chez nous, personne ne peut refuser« , expliquent certaines femmes. Dans de nombreux villages dirigés par des guerriers rajput très influents, l’infanticide est encouragé et justifié par le coût exorbitant de leur futur mariage (plus de 15000€), les femmes ne sont pas rentables et représentent des bouches inutiles à nourrir. En refusant catégoriquement toutes formes d’éducation et d’émancipation des femmes, ces hommes espèrent les maintenir dans un état d’ignorance et de servitude afin qu’elles assument leurs rôles d’épouses soumises sans se révolter.

Les violences domestiques
Sounita, 25 ans vit à Delhi. Maltraitée par son mari et sa belle-famille, elle est régulièrement mise à la porte et séquestrée. Elle décide de rentrer dans sa famille et, chose surréaliste, de porter plainte. Selon les chiffres officiels, 65% de femmes seraient victimes de violences conjugales en Inde. L’un des avocats de Sounita estime quant à lui « qu’il n’y a pas un seul foyer en Inde qui ne soit touché par les violences domestiques« . Sounita doit se confronter au désaccord de sa famille qui souhaiterait qu’elle retourne auprès de son mari pour laver le déshonneur dont ils sont aujourd’hui victimes. Le procès est loin d’être gagné, c’est au juge de trancher si oui ou non elle doit retourner vivre avec son mari, il peut aussi imposer une période d’essai que Sounita ne pourra pas refuser.

Le viol
Suzette Jordan, 38 ans, a le défaut d’être moderne et célibataire. Ces femmes « décadentes » sont la cible favorite des violeurs. En rentrant d’une soirée dans le quartier animé de Park Street à Calcutta, elle se fait violée par plusieurs hommes . N’acceptant pas de se résigner, elle décide de porter plainte et de raconter son histoire aux médias pour servir d’exemple. Surnommée « Park Street Girl », elle devient la cible des traditionalistes qui voit en elle une femme « aux mœurs légères » qui a payé pour sa faute. Les victimes de viol sont souvent stigmatisées et transformées en coupables.
Un clivage est perceptible entre l’ancienne et la nouvelle génération. Alors que les anciens, hommes comme femmes, encouragent et tolèrent toute forme de discrimination et de violence à l’égard des femmes, les jeunes tentent de s’affirmer. Les manifestations se multiplient, des femmes isolées mènent des combats à leurs risques et périls et des groupes féministes se forment comme les Pink Sari. Une petite révolution est en marche. Pour répondre à la grogne grandissante de ses habitants, le gouvernement prend parfois des mesures d’exception comme lors de la condamnation à mort des 4 violeurs d’une jeune fille en septembre dernier. Mais dans l’ensemble, ces jugements, rendus pour calmer l’opinion publique, restent isolés. Seulement 1/4 des condamnés pour viol sont jugés et tous ne sont pas punis.
Dans le pays du kamasutra qui prônait l’exaltation des sens et le respect mutuel des partenaires, comment la vision du sexe a-t’elle pu devenir si peu respectable ? Selon un écrivain, le colonialisme anglais serait à l’origine de cette soudaine étroitesse d’esprit. Lors de leur arrivée au 16ème siècle, les britanniques auraient imposé leur morale victorienne puritaine et auraient contribué à brimer les mœurs libertaires des indiens. Par exemple, la loi condamnant l’homosexualité est un héritage des britanniques.

Le rejet des veuves
Si une femme survit aux nombreuses brimades qui auront rythmé sa vie, mieux vaut qu’elle meurt avant son mari. Les veuves sont abandonnées et jetées dans la rue. Certains villages les dépossèdent de leurs biens avant de les chasser. Il y a des siècles, si un homme mourrait avant sa femme, on la jetait vivante dans le bûcher de son mari. Gulab Bai, 84 ans, s’est fait chasser par sa famille à la mort de son mari. Rejetée par ses propres enfants et n’ayant nulle part où aller, elle a décidé de rejoindre Vrindavan, haut lieu de pèlerinage, aussi surnommée « la ville des veuves » à cause de ces 10.000 femmes venues mendier. Là, vieilles et seules, elles sont livrées à elles-mêmes et passent leurs journées à trouver de quoi manger. Certains ashrams s’occupent d’elles mais vu le nombre grandissant de veuves affluant chaque jour, ces établissements peinent de plus en plus à les entretenir.
Après avoir vécu une vie de misère où elles n’auront pas été considérées en tant qu’êtres respectables, ces vieilles dames vieillissent et meurent dans la tristesse et l’indifférence.

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